Nina et cetera : Signes du quotidien
Par Tina Schraml, traduit par Valerie Schneider, Novembre 2004
Poser des repères : tel est l’art de Nina Braun. Dans notre société mondialisée, orienté sur l’instant et le visuel, nous sommes entourés de langages des signes et de codes. Les signes orientent, ils transmettent des informations et peuvent être réinterprétés et chargés d’idéologies.
Le langages des signes de Nina est frappant, plein d’humour et peut se lire à différents niveaux. Tout sujet a une histoire et en même temps permet à chacun ses propres associations. L’interaction, le rapport à la société et la critique des conditions sociales sont un besoin intérieur fortement ressenti par l’artiste.
« A l’école des beaux-arts, j’avais l’impression que l’art ne devait en aucun cas être beau et qu’on ne devait surtout pas y trouver de plaisir. »
Dans ce contexte, les arts appliqués paraissent être un moyen de communication plus enviable, que les « sphères plus élevées » des arts libéraux. Nina Braun est une fonceuse. Elle ne vit pas dans un monde artificiel mais comprend plutôt la vie comme une forme d’art qu’il s’agit de transformer, d’embellir et d’améliorer. C’est pourquoi – après quelques digressions dans des études de la thérapie et pédagogie par l’art (Hoogeschool Sittard / Pays-Bas, Université de Hambourg) et des études d’arts libéraux (Ecole des beaux-arts de Hambourg) – elle a décidé de tout d’abord créer du concret au lieu de se mirer elle-même dans le cocon de l’art. Devenir concrète, lancer des projets, jeter des ponts sans perdre le plaisir de la création. Telle était sa motivation quand elle s’est mise à son compte. Car les structures indépendantes de production et distribution de Welfare Distribution / Cleptomanicx*, auxquelles elle avait déjà contribué pendant des années, donnèrent alorsà Nina la possibilité de canaliser sa créativité dans ses fringues à effets secondaires qui « corrigent » les modèles à imiter. Ainsi elle a travaillé de 1998 à 2004 comme designer et chef d’entreprise pour Sumo Clothing**.
Qu’il s’agisse de broderie et de poupées, d’objets soudés, d’animations, d’autocollants, de graffiti au pochoir et de peinture ou bien de dessin de fringues et de « art-works » pour les collections Sumo – l’artiste préfère de toute façon un produit visible qui atteint le plus de gens possible plutôt que de fournir des éléments de réflexion à une élite intellectuelle derrière des portes fermées. A la limite, se sont les personnages eux-mêmes crées par elle, qui donnent corps au message à saisir, de préférence de la manière (auto)ironique qui est la sienne.
« Rebroder « de nouveaux contenus dans les travaux d’aiguille traditionnels et ainsi prouver l’absurdité des vieux clichés – telle est la méthode de travail propre à cette artiste pragmatique et universelle. Tandis que le designer procède à la production de série, l’artiste retrouve le calme dans le travail sur une pièce unique. « Broder un gobelin pendant 2-3 mois est une compensation idéale pour ce monde où presque tout peut être reproduit et existe en abondance. »
Et quand l’ancienne scout a soif d’aventures elle va dans la rue …
« On se sert des porte-voix que l’on trouve dans la rue – les « disciplines urbaines » qui se servent d’autocollants, d’affiches, de la peinture à la bombe, de la propagande sur des t-shirts, de la production de fanzines … »
Si on veut absolument coller une étiquette sur Nina, le plus grand dénominateur commun de son œuvre créative serait le mouvement de « street culture ». « Strictly underground » est un slogan qu’elle a maintenu de façon admirable même avec sa marque de mode. Car il faut avoir une bonne dose de confiance en soi pour résister aux avances des medias populaires. Cependant, sa motivation et ses sujets, on les trouve dans la rue. Ce qui a commencé au début des années 90 avec les mosaïques d’art sur l’édifice (« Kunst am Bau ») qui ornaient les maisons de Hambourg comme cadeaux d’anniversaire, est devenu un jeu de piste visuel sur le territoire de la métropole hanséatique. Les nouveaux sujets Sumo, on les trouve d’abord dans les rues avant de les repérer sur les vêtements Sumo. Et même si la fabrication de série de ses collections s’arrête, ou plutôt justement à cause de cela, il faut garder les yeux ouverts. Ce n’est pas un hasard que l’animal héraldique de Sumo soit une panthère – le seul chat sauvage qui ne s’apprivoise pas. Libre de nouveau, Sumo regagnera alors sa liberté créative.
* un regroupement de petites entreprises de skateboard autonomes
** la seule et première entreprise de skateboard allemande de femmes pour femmes